This is an excerpt from one of my favourite books, the authobiography of French writer Romain Gary. I really love that book because the narrator goes through life with a smile , and he has an incredible sense of humour, like in this extract when he describes how, through his huge consommation of cucumbers (that’s why I like him all the more !!!!! ), he gets to meet the girl he falls in love with. He ends saying that when he happens to cross her again nowadays the first thing he does is buying ( ?? une livre=one pound ??) one pound of cucumbers.
I really hope you’ll understand !!
« A Paris, je m’enfermai dans ma minuscule chambre d’hôtel et, négligeant les cours à la Faculté de droit, je me mis à écrire tout mon saoul. A midi, je me rendais rue Mouffetard où j’achetais du pain, du fromage et, naturellement des concombres salés. Je n’arrivais jamais à rapporter les concombres chez moi intacts : je les dévorais toujours séance tenante, dans la rue. Ce fut pendant des semaines ma seule source de satisfaction. Les tentations, pourtant, ne manquaient pas. En me restaurant, debout dans la rue, le dos au mur, mon regard fut à plusieurs reprises attiré par une jeune fille d’une beauté absolument inouïe, aux cheveux bruns, d’une douceur tout à fait sans précédent dans l’histoire du cheveu humain. […] Je n’attendais absolument rien d’elle je ne pouvais même pas lui offrir le cinéma tout ce que je désirais, c’était pouvoir manger mon concombre en la savourant du regard. J’ai toujours eu tendance à avoir faim devant le spectacle de la beauté, devant les paysages, les couleurs, les femmes. Je suis un consommateur-né. La jeune fille finit du reste par s’apercevoir du regard bizarre que je posais sur elle en dévorant mes concombres salés. Elle dut être assez frappée par mon goût immodéré pour les crudités, par la rapidité avec laquelle je les ingurgitais. […] Finalement, un beau jour, comme je me surpassais, avalant un concombre énorme, elle n’y tint plus et elle me dit au passage, avec une trace de sincère sollicitude dans la voix :
- Dites donc, vous finirez par en crever !
Nous liâmes connaissance. […] Elle était étudiante, et, avec sa sœur, certainement la plus jolie fille du quartier latin à l’époque […], et encore aujourd’hui, vingt ans après, lorsqu’il m’arrive de l’apercevoir dans Paris, mon cœur se met à battre plus vite et j’entre dans la première épicerie russe sur mon chemin pour acheter une livre de concombres salés. »
Romain Gary, La promesse de l’Aube.
